Grimoire de Capucine

Chapitre 7

Date : 15 mai 2020, cinquième jour après le confinement– France – Chapitre 7

FABLULA
Nous voilà arrivées à la dernière page du grimoire de Capucine. Quel voyage dans l’espace, le temps, la mémoire et l’écriture des terrestres ! Que de découvertes et de questionnements !

ESPERENZA
Avec la sortie du confinement, certains terrestres s’interrogent sur l’après Corona. Comment s’écrira la suite de l’histoire ? Chacun pour soi ou en tissant des liens entre eux et avec tous les peuples de la planète terre ?

CUISINELLA
Pour que les terrestres épanouissent leur fleur de vie il leur faudrait une bonne terre ainsi que des outils et de bonnes pratiques de jardiniers.

FABLULA
J’entends le papotage de trois terrestres. Elles se félicitent de travailler cet été avec le conservatoire botanique de Charance de Gap, pour collecter des graines de plantes sauvages et elles s’interrogent aussi sur la biodiversité des plantes comestibles et la souveraineté alimentaire.

ESPERENZA
Allons écouter une dernière fois le « Il était une fois... » de Capucine. Peut-être donnera-t-elle des pistes à suivre comme les petits cailloux du petit Poucet ?

Les trois reines mages s’installèrent sur une petite terrasse tapissée d’herbe tendre, en contre-bas de la cabane forestière et Fablula tourna la dernière page du grimoire de Capucine.

« Il était une fois, avant le règne du roi soleil (en 1343), un territoire de montagnes appelé les Escartons, dépendant de la province du Dauphiné. Environ 35 000 terrestres vivaient là, répartis dans une cinquantaine de communautés villageoises autour de la ville de Briançon, plus haute ville d’Europe, de part et d’autre du col du Mont-Genèvre. Une grande charte des Escartons avait été signée avec le Dauphin, leur donnant une certaine liberté de droits, pour la gestion de l’eau, des forêts, des pâturages, des fours, des moulins, en contrepartie d’une forte somme de florins d’or, la monnaie en cours à cette époque. Hommes-libres-francs-bourgeois, les Briançonnais avaient même le droit de chasse et le droit de porter des armes. Chaque famille participait au financement de l’écolage, ce qui permit d’apprendre à lire, écrire et compter à une époque où les paysans n’avaient pas accès à l’instruction. Cette relative autonomie vis-à-vis du pouvoir royal fut rayée d’un trait de plume par l’arrière-petit-fils du roi soleil (en 1713) en déplaçant les limites de ses frontières dans un marchandage avec le Duc de Savoie. Et leur liberté d’organisation politique et économique fut définitivement perdue avec la révolution de 1789 qui instaura la république. Le pendule du pouvoir a, dans les siècles suivants, oscillé entre retour de l’absolutisme d’un roi divin et front populaire, pour se stabiliser en ce début de XIXe siècle à une comédie de monarchie républicaine. A l’heure où Corona impose son pouvoir de confinement planétaire, il est un autre pouvoir (le cinquième) très puissant, parce que plébiscité par les terrestres eux-mêmes, qui tisse sa toile à longueur de clik de souris d’internautes, nouveaux citoyens de l’agora cyber-espace, dont les codes de gestion appartiennent à une poignée de princes de l’algocratie Mais il reste le champ libre et infini des consciences, qui, avec la pose de Corona, s’est invité dans le paysage. »

CUISINELLA
Capucine nous parle là de choses bien sérieuses, d’organisation politique, de liberté, d’éducation et de pouvoir.

ESPERENZA
Avec un paysage qui pourrait s’ouvrir sur un sixième pouvoir, celui du libre arbitre des terrestres, pour cultiver le champ libre et infini de leurs consciences. C’est bien de cela dont parlaient les trois terrestres tout à l’heure, avec beaucoup de questionnements sur la marche à suivre.

FABLULA
Pour les aider, je pourrai leur laisser le grimoire de Capucine. Il y a dans ce récit un merveilleux trésor de mémoires des terrestres, dans lesquelles elles pourraient piocher de la matière pour cultiver l’avenir.

CUISINELLA
Moi je leur laisserai les plants de capucine que j’ai semés au début de cette histoire, il leur faut maintenant une terre fertile et d’attentives mains vertes pour materner leur croissance. On lui doit bien cela à Capucine : qu’elle ne reste pas une conteuse de papier.

ESPERENZA
Et moi, je leur offrirai la musique, pour écrire la partition d’osmose entre tous les peuples vivants de la planète terre.

Quelques jours plus tard, trois terrestres montent à la cabane forestière. La porte étant ouverte elles pénètrent à l’intérieur. Sur la table de bois est posé un grimoire et quelques pousses de fleurs de capucine. Après la lecture du récit de Capucine, elles savent que l’histoire va continuer à s’écrire, avec le temps des jardiniers-adoptant pour cultiver l’héritage de Nicolaï Vavilov et maintenir la biodiversité .
En sortant de la cabane, un grand souffle de vent fait claquer la porte qui se referme en grinçant. Un grand souffle de vent qui emporte les notes d’un merveilleux chant de flûte.

« Nos rêves sont peut-être des réalités endormies qui attendent d’être réveillées. Le merveilleux est peut-être de la vie véritable qu’il faudrait aider à éclore. Nous avons besoin de jardiniers. » Henri Gougaud – Renaître par les contes

Récit écrit pendant la pandémie planétaire du printemps 2020,
par Capucine Mavielov,
en cyber-travail avec Les grainespower.
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